Mbour s’apprête à marquer une étape historique de son existence. Pourtant, derrière la perspective des célébrations, la capitale de la Petite Côte fait face à une réalité physique et sociale qui ne permet plus le statu quo. Entre l’urgence climatique qui redessine sa géographie et une démographie jeune en quête de perspectives, la ville se trouve à un point de bascule décisif.
La situation sur le terrain, documentée par nos confrères de Sud Quotidien, décrit un littoral en première ligne face aux bouleversements écologiques. L’érosion côtière ne se contente plus de menacer théoriquement le rivage ; elle grignote concrètement les terres, mettant en péril les habitations du quartier Golfe et fragilisant l’économie de la pêche. À cette pression naturelle s’ajoutent des défis structurels majeurs : insalubrité chronique, pollution marine et une gestion des déchets qui peine à suivre l’expansion urbaine. La mer, fondatrice de l’identité mbouroise, est paradoxalement devenue un vecteur de vulnérabilité pour la commune.
Une jeunesse entre précarité et résilience
Au-delà de l’urgence écologique, la ville doit composer avec une équation sociale complexe. La jeunesse locale évolue dans un environnement marqué par la rareté de l’emploi et une offre de formation professionnelle insuffisante. L’accès limité aux espaces culturels et aux loisirs réduit l’horizon social de cette frange majoritaire de la population.
Cependant, cette précarité cohabite avec une dynamique créative notable. Selon l’analyse de Samba Niébé BA publiée par Sud Quotidien, cette jeunesse porte en elle des initiatives associatives et des formes d’engagement citoyen qui ne demandent qu’à être structurées. Elle représente à la fois le symptôme des blocages actuels et la clé du renouveau urbain.
Le centenaire comme levier de refondation
Dans ce contexte, la commémoration à venir ne peut se limiter à une succession de cérémonies officielles. L’enjeu identifié est celui d’un changement de paradigme : passer de la célébration mémorielle à la refondation urbaine. Le risque majeur réside dans une mise en scène festive qui occulterait les fractures réelles de la ville.
Pour éviter l’écueil d’une « fête sans mémoire », la commémoration doit servir de point de départ à un véritable projet de ville. Cela implique d’affronter les échecs de la planification urbaine, de sécuriser le littoral et d’intégrer les populations — notamment les femmes et les jeunes — au cœur des décisions économiques. Le centenaire se présente ainsi moins comme un anniversaire que comme un ultimatum pour définir un horizon partagé et assurer la survie écologique de la cité.
Samba Niébé BA, nos amis peuls sont maintenant dans la restauration (rires).