Entre décembre 2025 et janvier 2026, le Myanmar a traversé une séquence électorale présentée par le pouvoir militaire comme une étape vers la normalisation politique. Ce processus, censé marquer un retour à l’ordre constitutionnel après le coup d’État de 2021, s’est toutefois déroulé dans un climat de violence extrême. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) vient de livrer une analyse factuelle de cette période, mettant en lumière un décalage saisissant entre le narratif officiel et la situation sécuritaire sur le terrain.
Selon les données confirmées par l’agence Anadolu et validées par des sources crédibles, la période de vote a été marquée par une intensité militaire rare. L’ONU rapporte qu’au moins 170 civils ont perdu la vie lors de plus de 400 attaques aériennes menées par l’armée durant ces deux mois critiques. Ces opérations, recensées par des sources ouvertes, contredisent l’image d’un processus démocratique apaisé que tentaient de projeter les autorités de Naypyidaw.
L’un des épisodes les plus marquants de cette séquence s’est produit le 22 janvier dans le canton de Bhamo, situé dans l’État Kachin. Une seule frappe aérienne y a causé la mort de près de 50 civils, illustrant la létalité des moyens engagés alors même que le scrutin se déroulait en trois phases, du 28 décembre au 25 janvier. Le rapport note également que la violence n’était pas à sens unique : des groupes armés opposés à la junte auraient ciblé des bureaux de vote et des responsables électoraux.
Au-delà des pertes humaines directes, le HCDH pointe un verrouillage systématique de l’espace civique. L’organisation internationale fait état de l’arrestation de 324 hommes et 80 femmes en vertu de la loi dite « de protection des élections ». La sévérité de la répression est illustrée par la condamnation d’une personne à 49 ans de prison pour avoir simplement diffusé du matériel jugé anti-électoral. De larges segments de la population, notamment les déplacés internes et la minorité Rohingya, ont été exclus du processus de vote.
Pour Volker Turk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, l’objectif de ces manœuvres ne fait guère de doute : « L’armée cherche à consolider son pouvoir par la violence après avoir contraint la population à voter. Rien n’est plus éloigné d’un régime civil ». Malgré ce contexte, le général de division Zaw Min Htun a confirmé la tenue d’une nouvelle session parlementaire en mars et l’installation d’un gouvernement en avril.
Le Mécanisme d’enquête indépendant pour le Myanmar, dirigé par Nicholas Koumjian, alerte quant à lui sur l’absence totale de procédures judiciaires concernant les crimes internationaux graves commis depuis la prise de pouvoir par les militaires. L’impunité actuelle, selon l’instance onusienne, continue d’encourager les exactions, qu’il s’agisse de tortures, de violences sexuelles ou de tirs d’artillerie indiscriminés.