Absente des catégories analytiques, la qualification exacte que les économistes substituent à la notion de « dette cachée »

Une récente rencontre d’experts, relayée par notre confrère Sud Quotidien, a permis de poser un diagnostic froid sur la situation économique du Sénégal. Au-delà des chiffres qui circulent, les débats ont mis en lumière un obstacle majeur à la compréhension de la crise : l’utilisation de termes approximatifs qui faussent le jugement du public. Alors que l’attention se focalise sur les montants, c’est la définition même des engagements de l’État qui a fait l’objet d’une mise au point rigoureuse, déplaçant le problème du terrain moral vers celui de la technique budgétaire.

Le cœur du malentendu réside dans l’usage intensif de l’expression « dette cachée ». Selon les éclairages apportés lors de ces échanges, ce terme ne renvoie à aucune catégorie analytique reconnue en économie publique et ne figure pas dans le rapport de la Cour des comptes. Les spécialistes insistent sur une qualification plus juste : il s’agit de dettes contractées hors du circuit budgétaire classique, dépourvues d’inscription préalable et d’autorisation parlementaire.

Cette précision sémantique change la nature du débat. Il ne s’agit plus uniquement de pointer une supposée volonté de dissimulation, mais de souligner un dysfonctionnement profond dans la gouvernance et le respect des procédures des finances publiques.

Cette clarification technique s’accompagne d’une analyse sur la soutenabilité de la dette. Les économistes rappellent que cet état n’est pas figé. Si le poids actuel du service de la dette inquiète en raison de son impact sur le budget, la situation reste dynamique. La capacité de remboursement dépendra essentiellement de la reprise de la croissance, de l’augmentation des recettes fiscales et du retour à une discipline budgétaire stricte. Deux visions s’affrontent ici : une lecture comptable immédiate et une approche prospective misant sur le potentiel de l’économie.

La question de la restructuration, terme souvent anxiogène pour les populations, a également été abordée. Pour les experts, il s’agit d’un outil de gestion et non d’un aveu de faillite, bien que l’imaginaire collectif l’associe à l’échec. Le débat technique se cristallise autour de la dette bancaire : faut-il l’inclure dans la restructuration ? Certains plaident pour son intégration afin de traiter le problème dans sa globalité et crédibiliser la démarche. D’autres alertent sur le risque de choc systémique, craignant qu’une telle décision ne fragilise le système financier et ne contracte le crédit, affectant directement l’économie réelle.

Dans ce contexte complexe, la stabilité monétaire garantie par le franc CFA et la Banque centrale joue un rôle d’amortisseur, contenant l’inflation et préservant la confiance extérieure. Toutefois, les intervenants préviennent que ce bouclier monétaire ne pourra compenser indéfiniment les déséquilibres budgétaires sans des réformes structurelles. La rationalisation des dépenses et une croissance inclusive restent les seules voies viables pour sortir de l’impasse.

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2 commentaires

  1. Mdrrrr!!! Oser parler de dysfonctionnement alors que la dissimulation et le détournement sont clairement établis. Il faut appeler un chat un chat, cette dette a été cachée au peuple et détournée par Macky et ses complices, point barre.

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