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1er sommet continental au Maroc : Vers une Afrique sanitaire souveraine, Dakhla lance le chantier

La Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé (FM6SS), en partenariat avec l’African Academy of Health Sciences (AAHS), tient du 28 au 30 novembre à Dakhla, au Maroc, le premier Sommet africain dédié aux systèmes de santé et à la souveraineté sanitaire. Plus de 250 experts réunis sur place, ainsi qu’un millier de participants connectés en ligne, y débattent des priorités épidémiologiques, des politiques publiques et des enjeux de gouvernance. Face aux crises successives, l’Afrique entend désormais reprendre la main à Dakhla sur son destin sanitaire.

« Ce sommet est un appel à la mobilisation collective », a lancé le Pr Lahcen, président de l’Academy of Health Sciences. Selon lui, l’Afrique doit structurer sa souveraineté sanitaire autour de « cinq piliers essentiels » : santé publique et épidémiologie, infrastructures et accès équitable aux soins, capital humain, financement et gouvernance, ainsi que recherche et innovation.

Maladies émergentes et non transmissibles : un double fardeau

Ouvrant le premier panel, le Pr Jean-Jacques Muyembe a rappelé que l’Afrique reste en première ligne face aux menaces émergentes. Il a évoqué l’histoire d’Ebola et ses travaux sur les anticorps : « Nos avancées thérapeutiques ont permis de réduire significativement la mortalité lors des dernières épidémies ». Il alerte sur la forte exposition du continent aux zoonoses liées à la faune sauvage.

Le Pr Massama Konaté a mis en garde contre la progression fulgurante des maladies non transmissibles, diabète, cancers, maladies cardiovasculaires ou troubles mentaux, devenues « un fardeau majeur pour la santé publique africaine ». Il souligne leur lien avec « l’urbanisation rapide, l’obésité, l’hypertension et le tabagisme », appelant à une coopération scientifique renforcée.

Le Pr Khalid Ennibi a pour sa part plaidé pour la mise en place « d’un système africain de surveillance épidémiologique intégré et unifié ». Face au double fardeau infectieux et non transmissible, aux zoonoses et à la résistance antimicrobienne, il défend une approche One Health adossée à « des laboratoires performants, une coordination intersectorielle et l’usage d’outils numériques avancés ».

Transitions multiples et approche One Health

En session de restitution, les Pr Abderrahmane Maaroufi et Abdelaziz El Hraiki ont insisté sur la nécessité d’intégrer les dimensions humaines, animales et environnementales dans les politiques de santé. Le Pr Maaroufi a rappelé que l’Afrique traverse « des transitions démographiques, épidémiologiques et socio-économiques simultanées qui bouleversent les systèmes de santé ».

Le Pr El Hraiki, lui, a souligné l’urgence d’une approche One Health : « Soixante pour cent des maladies humaines sont zoonotiques et 75 % des maladies émergentes viennent des animaux ». L’Afrique, où la proximité homme-bétail est forte, serait ainsi particulièrement vulnérable. Il cite parmi les menaces majeures la résistance antimicrobienne, la faiblesse des laboratoires vétérinaires et la fragmentation des réseaux de surveillance.

Construire une souveraineté sanitaire réelle

Pour les deux professeurs, cette situation représente aussi une opportunité de transformation. Ils recommandent notamment :
– des plateformes intégrées de surveillance humaine, animale et environnementale ;
– un renforcement massif des services vétérinaires et des laboratoires régionaux ;
– la production locale de vaccins et de diagnostics ;
– l’usage accru de l’IA, de la modélisation et du numérique pour anticiper les crises.

Lors du débat, plusieurs intervenants ont plaidé pour l’implication des communautés dans les stratégies sanitaires. Le Pr Maaroufi a cité l’exemple du Maroc, qui a investi dès 2021 dans une unité de biotechnologies à haute capacité. Il a appelé à « conscientiser les décideurs » et à renforcer les partenariats scientifiques africains afin de bâtir « une souveraineté sanitaire durable et partagée ».

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