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Robert Lahoud musicien, instrumentiste, arrangeur : « Cheikh Tidiane Tall serait Milliardaire s’il vivait aux Etats Unis »

2017-03-11T20:20:44+00:00309 Partages

Le décès de Cheikh Tidiane Tall a plongé la culture Sénégalaise dans une grande consternation. Parti sur la pointe des pieds à la suite d’une longue maladie, le doyen s’en est allé sans laisser un héritage pour la jeune génération. Un gâchis énorme, selon Robert Lahoud ami et ex compagnon du défunt qui s’est désolé du triste sort réservé à ce monument de la culture Africaine. Très peiné par cette perte, le guitariste et instrumentiste qui a accompagné de grands musiciens comme Cheikh Lo ou Souleymane Faye exprime son cri du coeur à Senego dans cet entretien exclusif.

Senegp: Quels souvenirs gardez vous de Cheikh Tidiane Tall

Robert Lahoud: Grand Cheikh, je l’ai suivi avant que je fasse sa connaissance. On aavait un ami en commun Mounir Abdallah qui m’a présenté à lui. A l’époque je ne faisais que de la variété. Ma rencontre avec lui a été décisive, déjà que j’étais un de ses fans.

Il m a initié carrément à la musique africaine. je n’y connaissais pas un rayon, mais il m’a perfectionné et m’a fait aimer la musique de chez nous. Depuis lors, pratiquement j’ai fait un virage à 360 degrés et j’ai arrêté de faire de la musique variétés. On a fait beaucoup de choses ensemble d’abord avec Pape Djiby Ba ensuite Ouzin Ndiaye, Makhou Lebougui. Par la suite, on a fait Souleymane Faye après son départ du Xalam.

Qu’est ce que cela vous a fait d’avoir appris son décès
Sur le coup, j’étais un peu surpris. Mais a la levée du corps j’étais assommé. Je n’ai pu m’empêcher de verser quelques larmes les témoignages sur lui ont prouvé qu’il était un homme de valeurs

C’est dommage qu’il ai évolué au Sénégal. S’il avait été au Etats Unis ou en Europe, il serait multimilliardaire. Malheureusement, au Sénégal on ne prend conscience de la valeur des artistes que quand ils s’en vont. Les politiciens se bousculent pour prendre la parole accaparer le micro. Nous qui sommes sa famille, on est même relégué au second plan. Ce n’est pas normal.

Les artistes sont de plus en laissés à leur sort? Quelle impression cela vous fait?
Je ne veux pas faire de reproches, mais le statut des artistes ici c’est lamentable. Dans un hôtel par exemple, une salade coûte huit mille francs et on paie de gros gaillards à 30 000 pour assurer le spectacle. Et on se laisse faire.

Qu’est ce que cela vous fait qu’un monument de la trempe de Cheikh Tidiane s’en aille sans laisser d’héritage?

C’est lamentable, c’est une bibliothèque qui s’en va. Ce n’est pas valable pour lui seulement. On a vu l’exemple des NDiaga Mbaye et consort. Il n’ y a pas de formation. Grand Cheikh avait sa connaissance et tout mais ce n’est pas à lui de s’autofinancer pour mettre sur pied quelque chose pour former les jeunes.

L’Etat aurait pu le rémunérer pour assurer au moins un descendance. Aujourd’hui, tout le monde se lamente. Le défunt Pacheco qui a chanté l’an 2000 par exemple, il est mort trois jours sans que personne ne soit au courant. Il n’y a pas de relève, il n’y a rien.

Les ouevres de Laye Mboup, Ndiaga Mbaye existent toujours en bande. Numériser tout ce patrimoine coûte moins cher qu’un feu rouge. Tous les grands artistes sont aujourd’hui livrés à eux même. Dans quelques temps, nous allons tous partir. On attend que ce soit trop tard pour se lamenter, c’est vraiment ecouerant.

Quel dernier message avez vous à lancer?

Je te donne un exemple personne ne connait nos footballeurs au Japon. Si tu demande là bas au commun des mortels le president de la république du Sénégal, il connait pas son nom. Mais si tu leur demande un musiciens ils te diront Youssou Ndour, Baaba Maal ou Ismaila Lo. Les musiciens au Sénégal, c’est dommage mais ils n’ont pas de statut.
Moi par exemple, quand je vais en Europe, personne n’ose me payer moins de 500 euros par prestation. Les doyens musiciens qui sont là sortent à la fin de leurs prestations avec 7 000 ou 8 000 francs. Quelqu’un qui quitte l’Europe pour venir investir un grand hotel à Saly, on lui dit ne paie ne paie jamais un orchestre plus de 40.000 francs cfa. Il n’y a pas de législation pour protéger les travailleurs.

Ici au Sénégal, un hôtel pour égayer les touristes, on prend 5 grands gaillards pour leur payer 30.000 francs, alors qu’en Europe le barème minimum, le smic, c’est 500 euros par prestation.

Les gens s’occupent beaucoup plus d’infrastructures, des échangeurs à coup de milliards. Mais la culture, c’est ce qui fait développer un pays. sans la culture, il n’y a pas de développement. si quelqu’un pense pouvoir développer le Sénégal sans la nature et la culture, il se trompe lourdement. L’Etat veut que Dakar ressemble à paris mais ce n’est pas ça le plus important.

Aujourd’hui aux Etats Unis par exemple, enlève le cinéma et la musique, qu’est ce qui va rester? Rien. Idem pour la grande bretagne qui a la plus forte monnaie si tu enlève la musique, plus rien ne reste. Une économie, on commence à la batir par la culture. Dieu nous a tout donné,mais on s’amuse avec le potentiel que Dieu nous a donné et c’est dommage.

Réalisé par Amadou Lamine MBAYE

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