En Ukraine, l’usage de robots terrestres et de drones prend une place croissante sur le champ de bataille, au point d’alimenter un débat plus large sur l’avenir de la guerre. Ces dernières semaines, plusieurs séquences et déclarations officielles ont mis en avant l’emploi de plateformes sans pilote dans des opérations de première ligne, alors que la question du contrôle humain reste au centre des discussions internationales.
D’après Al Jazeera, une vidéo diffusée en janvier par l’entreprise ukrainienne DevDroid montrerait la capture de soldats russes par un robot terrestre ukrainien équipé d’intelligence artificielle. En avril, le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a affirmé que, pour la première fois depuis le début de la guerre, une position ennemie avait été prise exclusivement par des plateformes sans pilote, comprenant des systèmes terrestres et des drones.
Dans un message publié sur X, Volodymyr Zelenskyy a également indiqué que les systèmes robotiques terrestres avaient effectué plus de 22.000 missions en seulement trois mois sur le front. Selon les éléments rapportés, ces appareils servent désormais à transporter des munitions, de la nourriture et du matériel médical, mais aussi à évacuer des soldats blessés. Certaines brigades ukrainiennes affirment même que jusqu’à 70% des approvisionnements de première ligne sont désormais livrés par des systèmes robotisés plutôt que par des militaires.
Des spécialistes interrogés par Al Jazeera présentent cette évolution comme un prolongement de transformations déjà observées depuis les années 2000 avec les drones militaires américains. Le débat ne porte plus uniquement sur des opérations menées à distance, mais aussi sur des systèmes capables d’identifier des cibles, de hiérarchiser des frappes et d’orienter des décisions sur le terrain. Pour Toby Walsh, expert en intelligence artificielle à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, ces technologies constituent « la troisième révolution de la guerre ».
Le développement ne concerne pas seulement les combats terrestres. Des drones navals chargés d’explosifs ont déjà modifié les affrontements en mer Noire, tandis que des systèmes sous-marins autonomes sont en cours de développement pour la surveillance, le déminage ou des missions de sabotage. Des chiens robots sont aussi testés pour des tâches de reconnaissance et de neutralisation d’explosifs, certaines versions expérimentales étant équipées d’armes.
Les experts cités insistent toutefois sur la nécessité d’un cadre de régulation. Anna Nadibaidze, chercheuse en politique internationale au Centre for War Studies de l’Université du Danemark du Sud, a déclaré à Al Jazeera qu’une attention plus forte devait être portée aux armes semi-autonomes, où l’humain reste « dans la boucle ». Elle souligne que l’enjeu porte sur le temps et l’espace réellement laissés au jugement humain dans la guerre. Un rapport publié en avril par le Stockholm International Peace Research Institute relève aussi que la chaîne d’approvisionnement de l’IA militaire est fragmentée, mondiale et largement dépendante de technologies civiles, ce qui complique davantage toute tentative de contrôle international.
Les Nations unies poursuivent de leur côté les discussions sur les systèmes d’armes létales autonomes. L’UNIDIR, institut onusien consacré à la recherche sur le désarmement, doit se réunir en juin pour examiner les implications de l’intelligence artificielle sur la paix et la sécurité internationales. Dans l’immédiat, en Ukraine, les robots terrestres restent dirigés par des opérateurs humains, selon les informations disponibles.
Ils nous donne la religion, mais jamais la technologie
nous devons le faire nous même