Le patronat sénégalais dénonce son exclusion des concertations nationales et annonce une conférence de presse le 18 juin

« Le Sénégal parle souveraineté, refondation, mais oublie ses entreprises. » La charge est signée Abd’El Kader Ndiaye, président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), dans une tribune publiée par Financialafrik. Il y dresse un constat sévère : les autorités snobent le secteur privé à tous les échelons, alors que les opérateurs économiques affrontent seuls un triple fardeau.

Dette intérieure de l’État dont les promesses de règlement s’empilent sans suite, fronde sociale alimentée par le non-respect du Pacte national de stabilité sociale, absence totale de visibilité pour les entreprises et les industries : la situation, selon le patronat, est le résultat d’une accumulation de crises non soldées — séquelles du Covid, émeutes de 2021 à 2024, campagnes électorales permanentes, et la « dette cachée » qui a entamé la confiance des investisseurs. Cette défiance est renforcée par la dégradation de la note souveraine du Sénégal par Standard & Poor’s, qui l’a abaissée de B- à CCC+ le 14 novembre 2025, citant une augmentation des besoins de financement brut, un recours intensif au marché régional à court terme et la montée des charges d’intérêts. Par ailleurs, la Banque mondiale révèle que la dette publique et garantie par l’État est détenue à 41% par les créanciers multilatéraux, 40% par les créanciers privés et 19% par les créanciers bilatéraux, dominés par la Chine (8%), la France (5%) et le Japon (1%).

Un secteur privé exclu des concertations

Le symbole le plus criant de ce déclassement, pour Abd’El Kader Ndiaye, est l’organisation des concertations nationales de la Tabaski 2026, dont les forces vives économiques ont été délibérément écartées. « Comment comprendre qu’en pleine crise, ces concertations n’aient pas donné la priorité absolue aux questions économiques ? » interroge-t-il, rappelant que le secteur privé génère plus de 90 % des emplois et a porté plus de 85 % de l’investissement productif en 2024.

Face à ce qu’il qualifie de dialogue de sourds, les organisations patronales changent de posture. Si l’État choisit l’unilatéralisme avec les institutions financières internationales, le secteur privé assumera ses responsabilités et interagira directement avec les partenaires techniques et financiers. La mobilisation des forces patronales est activée : une conférence de presse se tiendra le 18 juin 2026 à Dakar pour exposer le diagnostic et les propositions du patronat.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l'exprimer dans un langage respectueux.

";

Laisser un commentaire