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      Histoire du sénégal suite

Sur fond de rivalité franco-anglaise


Les échanges commerciaux et la traite négrière s’intensifient au XVIIe siècle avec, au Sénégal, l’entrée en scène des Français et des Anglais qui s’affrontent principalement autour de deux enjeux, l’île de Gorée et Saint-Louis. Le 10 février 1763 le traité de Paris met fin à la guerre de Sept Ans et réconcilie, après trois ans de négociations, la France, la Grande-Bretagne et l'Espagne. La Grande-Bretagne restitue l'île de Gorée à la France, mais, désormais première puissance coloniale, elle acquiert, entre autres nombreux territoires, « la Riviere de Senegal, avec les Forts & Comptoirs de St Louis, de Podor, & de Galam, & avec tous les Droits & Dependances de la dite Riviere de Senegal ».

Sous Louis XIII et surtout sous Louis XIV, des privilèges assez étendus sont accordés à certaines compagnies maritimes françaises, qui se heurtent néanmoins à de nombreuses difficultés. En 1626 Richelieu avait déjà fondé la Compagnie normande, une association de marchands de Dieppe et de Rouen, chargée de l'exploitation du Sénégal et de la Gambie. Elle est dissoute en 1658 et ses actifs sont rachetés par la Compagnie du Cap-Vert et du Sénégal, elle-même expropriée à la suite de la création par Colbert en 1664 de la Compagnie des Indes occidentales. La Compagnie du Sénégal est à son tour fondée par Colbert en 1673. Elle devient l'outil majeur de la colonisation française au Sénégal, mais, criblée de dettes, elle est dissoute en 1681 et remplacée par une autre qui subsistera jusqu'en 1694, date de la création de la Compagnie Royale du Sénégal dont l'administrateur, André Brue, sera capturé par le damel du Cayor et libéré contre une rançon en 1701. Une troisième Compagnie du Sénégal est créée en 1709, jusqu'en 1718. Du côté britannique, le monopole du commerce avec l'Afrique est concédé à la Royal African Company en 1698.

Grand capitaine de guerre de la marine de Louis XIV, l’amiral Jean d’Estrées s’empare de Gorée le 1er novembre 1677. L’île est reprise par les Anglais le 4 février 1693, avant d’être à nouveau occupée par les Français quatre mois plus tard. En 1698 le Directeur de la Compagnie du Sénégal, André Brue, rétablit les fortifications. Mais Gorée redevient anglaise au milieu du XVIIIe siècle.

L’excellent emplacement de Saint-Louis attise la convoitise des Anglais qui l’occupent à trois reprises, pendant quelques mois en 1693, puis pendant la guerre de Sept-Ans, de 1758 jusqu’à sa reprise par le duc de Lauzun en 1779, enfin de 1809 à 1816.

En 1783 le traité de Versailles restitue le Sénégal à la France. Le monopole de la gomme est concédé à la Compagnie du Sénégal.

Nommé gouverneur en 1785 le chevalier de Boufflers s’attache pendant deux ans à mettre en valeur la colonie, tout en se livrant à la contrebande de gomme arabique et d’or avec les signares.

En 1789 les habitants de Saint-Louis rédigent un Cahier de doléances. La même année les Français sont chassés du fort Saint-Joseph de Galam et du royaume de Galam.

Une économie de traite


Les Européens étaient parfois déçus parce qu'ils espéraient trouver davantage d'or en Afrique de l'ouest, mais lorsque le développement des plantations aux Amériques, principalement aux Caraïbes, au Brésil et dans le sud des États-Unis actuels, suscite d'importants besoins en main d'œuvre bon marché, la région bénéficie soudain d'un surcroît d'attention. La papauté qui s’était quelquefois opposée à l’esclavage, ne le condamne plus explicitement à la fin du XVIIe siècle : de fait l’Église a elle-même des intérêts dans le système colonial. Le trafic de « bois d’ébène » constituent aussi un enjeu pour les guerriers qui traditionnellement réduisent les vaincus en esclavage, pour certains peuples spécialisés dans le commerce des esclaves – c’est le cas des Dyula en Afrique occidentale –, pour les États et les royaumes qui s’affrontent par ailleurs, ainsi que pour les négociants privés qui comptent bien s’enrichir dans le commerce triangulaire, même si certaines expéditions se soldent parfois par de véritables catastrophes financières. L’instabilité politico-militaire de la région est aggravée par les traites.

Le Code noir, édicté en 1685, règlemente la traite des esclaves dans les colonies américaines.

Au Sénégal, des comptoirs de traite sont établis à Gorée, Saint-Louis, Rufisque, Portudal et Joal, mais la haute vallée du fleuve Sénégal, notamment avec le fort de Saint-Joseph de Galam, constitue au XVIIIe siècle un moteur de la traite française en Sénégambie.

En parallèle, une société métisse se développe à Saint-Louis et Gorée, symbolisée par le mode de vie raffiné des signares qui s'unissent aux hommes de pouvoir occidentaux pendant la durée de leur séjour grâce aux mariages dits « à la mode du pays »[58].

L’esclavage est aboli par la Convention nationale en 1794, puis rétabli par Bonaparte en 1802. Aboli dans l’empire britannique en 1833, en France il l'est définitivement par la IIe République en 1848, sous l'impulsion de Victor Schoelcher.

La mise en valeur de la colonie


En 1815 le Congrès de Vienne abolit la traite des Noirs. Le commerce de la gomme arabique s'avère alors insuffisant pour préserver l'équilibre économique des colonies et les autorités françaises souhaitent y ajouter de nouveaux produits.

Le gouverneur Schmaltz, chargé de reprendre possession du Sénégal en 1816, s'attelle à la tâche après un voyage mouvementé : il figure en effet parmi les rescapés du naufrage de La Méduse au banc d'Arguin. Le 8 mai 1819 il signe le Traité de Ndiaw avec le brak du Waalo qui aboutit, non sans affrontements, à la création d’une série de postes commerciaux le long du fleuve Sénégal, à Bakel, Dagana, Merinaghen, Lampsar et Sénoudébou. Il met aussi en place un vaste projet de colonisation agricole dans la région du Waalo (coton, indigo…). À partir des années 1820 les premiers comptoirs bordelais, tels que Maurel et Prom, s’installent à Saint-Louis.

Après le départ du gouverneur Schmaltz, c'est le baron Roger qui, entre 1822 et 1827, donne un nouvel élan à la mise en valeur de la colonie[59]. Le long du fleuve Sénégal, il mène des essais agricoles à grande échelle et tente d'acclimater de nombreuses espèces végétales, tout particulièrement à Richard-Toll – « le jardin de Richard » en wolof, ainsi nommé en hommage à son jardinier en chef, Jean Michel Claude Richard. Il encourage notamment le développement de l'arachide, « la pistache de terre », dont la monoculture pèsera par la suite lourdement sur le destin du Sénégal. En dépit de la rigueur et de la persévérance du baron, l'entreprise se solde par un échec.

Fondatrice de la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, la mère Anne-Marie Javouhey envoyait déjà des religieuses en Afrique[60]. En 1922, sur le même bateau que le baron Roger qu'elle soutient, elle se rend elle-même à Saint-Louis, puis à Gorée et en Casamance. À son retour en France, elle fonde à Limoux un petit séminaire d'où sortiront les premiers prêtres indigènes du Sénégal, dont l’abbé Boilat, l’auteur des Esquisses sénégalaises.

La colonisation de la Casamance se poursuit également. L'île de Karabane, acquise par la France en 1836, est profondément transformée entre 1849 et 1857 par le Résident Emmanuel Bertrand-Bocandé, homme d'affaires nantais, et connaît un regain d'activité commerciale et politique.

La colonisation moderne


Commencée au XVIIe siècle la colonisation française influence durablement la culture du pays. L'arrivée du général Faidherbe marque un tournant dans son ambition et ses modalités.

Faidherbe : un constructeur [modifier]

Faidherbe, gouverneur du Sénégal de 1854 à 1861 et de 1863 à 1865, pénètre lentement à l’intérieur du pays et jette les bases de la future Afrique occidentale française (AOF). Il étudie les langues locales. Respectueux des coutumes indigènes, il étend l'influence française très au-delà du Sénégal et travaille à développer l'économie locale.

Dans une région où, après l’abolition de la traite négrière, l’économie repose surtout sur le commerce de la gomme arabique, Faidherbe encourage la culture de l’arachide. Il organise l’administration locale, crée des tribunaux indigènes et des écoles, telles que l'École des Otages, destinée aux fils de chefs et d'interprètes. Le 21 juillet 1857 le premier corps de tirailleurs sénégalais est créé par le gouverneur Faidherbe.

Conduites par le capitaine Protet, les troupes françaises prennent possession de la côte en 1857 et un petit fort y est construit, mais le colonel du génie Émile Pinet-Laprade qui élabore un premier plan cadastral en juin 1858 sera le véritable fondateur de Dakar. Les travaux du port de Dakar commencent en 1862.

La France obtient le contrôle de la plus grande partie de l’Afrique occidentale à la Conférence de Berlin de 1884–1885, mais la Gambie est attribuée à la Grande-Bretagne.

A la fin du XIXe siècle tout le territoire de l’actuel Sénégal est tombé sous la domination française. En 1902, Dakar remplace Saint-Louis qui devient la capitale de l'Afrique occidentale française, l'une des colonies françaises.

Résistances [modifier]

Faidherbe se heurte néanmoins à une vive résistance, notamment à celle de Lat Dior, Damel du Cayor. D'abord animiste, mais converti à l'islam sous l'influence du marabout Maba Diakhou Bâ, Lat Dior mène une véritable guerre sainte contre le colonisateur. En 1865 le Cayor est annexé, ce qui permet de relier Dakar à Saint-Louis par le rail. Lat Dior comprend le risque que représente pour lui l’arrivée du chemin de fer et résiste farouchement, mais il est tué lors de la bataille de Deukhlé le 27 octobre 1886. C'est aujourd'hui un héros national, l'une des plus grandes figures de l'histoire du Sénégal.

En 1850, El Hadj Omar, chef de la confrérie Tidjane, fonde un empire islamique qui s’étend de Tombouctou au Sénégal. Il est battu par la France en 1864, mais les Wolofs prennent le parti de Tall dans un conflit qui dure trente ans.
Vers l'assimilation ?

Citoyen français car natif de Gorée, l'une des « quatre communes », Blaise Diagne est le premier député africain élu à l'Assemblée nationale française en 1914. Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, il est nommé Commissaire de la République de l’ouest africain et chargé de la conscription des tirailleurs[61]. Des troupes noires avaient déjà été enrôlées auparavant[62], mais ce conflit nécessite un effort particulier et la démarche consiste à faire de ce recrutement « une affaire purement indigène ». Au sein de l'AOF, c’est le Sénégal qui semble avoir effectué l’effort de guerre le plus important, avec 1,7% de la population, soit plus de 20 000 hommes[63]. Blaise Diagne deviendra aussi Sous-secrétaire d'État aux colonies du cabinet Laval.

Député en 1945, le magistrat Lamine Guèye donne son nom à la Loi Lamine Guèye du 25 avril 1946, plus tard intégrée à la Constitution de la Quatrième République, « étendant la citoyenneté française aux indigènes des colonies françaises ».

Cette assimilation est généralement présentée comme une utopie ou un mythe[64].

L'épopée de l'aviation [modifier]

C'est à Bambey qu'est aménagée la première base aérienne de l'AOF, à proximité de la ligne de chemin de fer Thiès-Kayes[65]. Le 13 juin 1911 le premier avion – construit par Henry Farman – survole la région et sidère ses habitants.

Mais c'est surtout entre les deux guerres que le Sénégal, du fait de sa position géographique avancée, est associé à plusieurs grandes pages de l'histoire de l'aéronautique. En 1925 Jean Mermoz vole sur la ligne Casablanca-Dakar. En 1926 Saint-Exupéry effectue du transport de courrier sur des vols entre Toulouse et Dakar pour le compte de la compagnie Latécoère (future Aéropostale), une expérience qu'il relate dans son roman Courrier Sud. Le 10 mai 1927 Mermoz inaugure la ligne Toulouse-Saint-Louis sans escale. Le 16 janvier 1933 il relie Dakar à Natal à une vitesse moyenne de 227km/h. Le 7 décembre 1936 il quitte Dakar à bord de La Croix du Sud, puis s'abîme en mer.
 
Les batailles du rail

Les ouvriers du chemin de fer Dakar-Saint-Louis se mettent en grève en 1920. Une nouvelle grève des cheminots éclate en 1926. Les employés de la Poste prennent la relève l'année suivante. En 1935-37 de nouvelles grèves éclatent à Dakar. Le 20 mars 1937[66], des décrets du Front Populaire autorisent la création de syndicats noirs en AOF et leur conférant le droit de négocier des conventions collectives.

Le 11 octobre 1947, des cheminots maliens et sénégalais du Chemin de fer du Dakar-Niger se mettent en grève afin d’obtenir les mêmes droits que les cheminots français. Cette grève, qui va durer plusieur mois, est relatée par Ousmane Sembène dans son roman Les bouts de bois de Dieu publié en 1960. En 1949 un Syndicat autonome des cheminots de l’AOF est créé, par sécession d'avec la CGT
 

La Seconde Guerre mondiale


Trois mois après l’appel lancé par le Général de Gaulle le 18 juin 1940 et la déclaration de Pétain du 22 juin, le contrôle politique et militaire de l'AOF constitue un véritable enjeu. Un affrontement naval au large de Dakar, connu sous le nom de bataille de Dakar ou « Opération Menace », oppose du 23 au 25 septembre 1940 de Gaulle et les Alliés d'une part et les forces restées fidèles au gouvernement de Vichy, dirigées par le gouverneur-général Boisson, d'autre part. C’est un échec cuisant pour les forces franco-britanniques. L'AOF finit par se rallier à de Gaulle en novembre 1942, après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord.

Pendant les premières années du conflit, les Sénégalais font l'objet de multiples formes de discrimination raciale, car le régime de Vichy affirme clairement le principe de supériorité de la race blanche[67]. En outre leur niveau de vie se détériore en raison des confiscations et de l'arrêt des importations françaises.

Pendant toute la guerre, le Sénégal fournit des tirailleurs à l'armée française. Sur les 63 000 engagés en France en 1940, 24 000 sont morts ou portés disparus au moment de l'Armistice[68]. Ceux qui reviennent du front ont du mal à se réinsérer dans la société africaine et n'obtiennent pas la reconnaissance qu'ils espéraient. Le 30 novembre 1944, des tirailleurs se mutinent à Thiaroye, réclamant l’égalité de solde et de prime de démobilisation avec les soldats français. La répression fait 35 morts et de nombreux blessés. Cette page tragique a été portée à l'écran par le réalisateur Ousmane Sembène dans Camp de Thiaroye, un long métrage de 1988.

En Casamance, la prêtresse charismatique Aline Sitoé Diatta incarne la résistance contre la domination coloniale et milite pour le refus de contribuer à l'effort de guerre exigé, mais elle est arrêtée et déportée en 1942.

Créé initialement en 1939, juste avant la Seconde Guerre mondiale, de fait le franc CFA naît officiellement le 26 décembre 1945, jour où la France ratifie les accords de Bretton Woods et procède à sa première déclaration de parité au Fonds monétaire international (FMI). Il signifie alors « franc des colonies françaises d'Afrique ».
 

La marche vers l'indépendance


La Seconde Guerre mondiale contribue à une prise de conscience qui ouvre la voie à une autonomie progressive des colonies, puis aux indépendances[69]. L’Empire colonial français cède d’abord la place à l’Union Française en 1946 qui confère au Sénégal un statut de territoire d'outre-mer. Ces avancées sont pourtant jugées insuffisantes et la montée de l’anticolonialisme dans de nombreux pays aboutit au vote de la loi-cadre du 23 février 1956 qui permet au gouvernement de modifier le statut de ces territoires. Comme d’autres, le Sénégal conquiert une autonomie accrue, ainsi que le suffrage universel pour les hommes et les femmes.

En 1958, après son retour dans l’arène politique à la suite du putsch d’Alger, le général de Gaulle propose un projet de constitution soumis à un référendum dans tous les États africains. Lors du référendum constitutionnel du 28 septembre 1958, 97,2% des Sénégalais optent pour le statut d'État membre dans le cadre de la Communauté et le pays se dote d'une constitution proche du modèle français.

Soucieux de préserver l’unité régionale, le Soudan français (actuel Mali) et le Sénégal fusionnent en janvier 1959 pour former la Fédération du Mali[70], qui devient complètement indépendante le 20 juin 1960 et dont la capitale est Dakar. Cette indépendance est la conséquence des transferts de pouvoirs convenus dans l'accord signé en France le 4 avril 1960. Un déséquilibre économique et des rivalités personnelles provoquent le démembrement de la fédération le 20  août 1960. Le Sénégal et le Mali déclarent leur indépendance et entrent séparément à l’ONU le 28 septembre 1960.

Le Sénégal adopte un régime parlementaire et Léopold Sédar Senghor, poète à la renommée mondiale, est élu président. Mamadou Dia, avec qui il avait fondé l’Union progressiste sénégalaise (UPS), est son Premier ministre.

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