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Comptes, décomptes et perspectives du référendum 2016, Par Moussa Bala FOFANA

 » Dans un référendum, les gens ne répondent jamais à la question qu’on leur pose.

Ils donnent leur adhésion ou la refusent à celui qui la pose  »

Françoise Giroud (1916-2003)

Les enseignements naissent des analyses opérées sur les faits. L’acceptation de la complexité des réalités sociales est un fondement de la posture du chercheur. Cette démarche permet d’aller au-delà de la manifestation d’un phénomène pour ainsi identifier et interpréter les formes idéales-typiques et les déterminants sociaux : c’est la sociologie du vote.

D’emblée, précisons que, référendum ou élection, l’enjeu en politique reste l’adhésion des citoyens. Sur ce premier indicateur, les stratégies du régime et de l’opposition  n’ont fait réagir   que 40%  des Sénégalais inscrits (soit moins de 2 sur 5 millions). A l’échelle des 7 millions de Sénégalais habilités à voter (+18), le taux de participation chute à 28%. Dans le groupe des abstentionnistes inscrits, on peut dissocier et soustraire les abstentionnistes-chroniques. Ainsi, les abstentionnistes lors du référendum ayant pris part aux présidentielles de 2012 sont de plus de 500.000 votants. Aux présidentielles de 2007, ils étaient prés de 1,5 million de plus.

Ces abstentionnistes-acteurs sont donc en moyenne 1 million de votants et leur comportement  indique qu’ils sont plus exigeants, plus difficiles mais aussi plus décisifs. Rien que la moitié de la moyenne des abstentionnistes-acteurs (500 000 voix) représente à elle seule un impact qui aurait permis un score normal de référendum (+80%) pour le régime  ou  permettre au NON de faire plus de 50%. Mais encore fallait-il que la classe politique relève le défi de la crédibilité et de l’offre afin de les motiver dans un sens ou dans l’autre.

Ensuite venons-en à la spécificité  des référendums. Le fait est que les élections présidentielles ou législatives sont à l’initiative du peuple selon le calendrier républicain. Les partis politiques décident d’ y participer où pas et selon les moyens et arguments. Mais à contrario, le référendum est un processus dans lequel l’initiative est et reste à la convenance du président, du régime politique en place. Tout autre acteur réagit et vit aux dépens des choix et options d’organisation et de programmation du régime porteur du projet. Ce faisant, le projet politique porte irréfutablement sa caution morale et politique.

Forcément, le référendum devient une jauge de popularité, surtout si le régime commet l’imprudence de le convoquer à l’an quatre du septennat, donc hors de la période de grâce. Tel est le sens  de la célèbre boutade de la grande dame politique, écrivaine et journaliste française Françoise Giroud (1916-2003), citée en introduction, et qui insiste sur la prépondérance de l’image de la personne qui pose la question sur l’intérêt de celle-ci pour les citoyens. La participation des citoyens au scrutin est donc fortement imputable à leur adhésion ou non à la politique du dirigeant qui convoque.

Enfin, les Sénégalais ont fait montre de rationalisme  dans un contexte émotionnel fort. Ils n’ont pas jugé opportun de jouer la carte des idéaux panafricanistes et encore moins de voter selon l’éthique et la morale avec des politiciens symbolisant la déperdition des valeurs sociales.

Mais plus subtile encore, des Sénégalais ont été rationnels jusqu’au OUI car il n’y a pas que des militants ou partisans politique qui ont voté OUI et que j’évalue au 700 000 électeurs obtenus par le candidat de l’APR lors du premier tour.Ainsi avons nous le sous-groupe du OUI rationnel environ les 500.000 votant restant des 1200 000 ayant voté OUI. C’est le comportement de ceux qui n’avaient pas voté pour le régime en place lors du 1er tour  et qui ont donc adopté le texte selon les 15 points, leur perception du climat politique et en fonction de leur préoccupation.Parmi eux, certains ont voté pour la stabilité du pays, probablement les plus âgés et les plus avertis. Pour eux, une victoire du NON serait l’avènement apocalyptique d’un régime aux abois face à une certaine opposition pas toujours concrète et responsable, et qui invoque déjà l’illégitimité d’un président en cas de victoire.

Cependant, une autre interprétation est à faire concernant ce groupe du OUI-rationnel  dans le sens où  celui-ci a ainsi refusé de suivre la consigne du NON-partisan de l’opposition majoritaire et vainqueur aux  élections municipales et pour qui il avait donc majoritairement voté il y a 3 ans. Imprudemment, c’est ce comportement rationnel et changeant que certains politiciens et observateurs veulent  mettre au  compte du régime  et l’interpréter comme un désaveu des leaders locaux. Cela serait impertinent comme jugement sur la maturité de ce type d’électorat. Il s’agit  plutôt d’un comportement opportuniste et changeant selon l’offre politique du moment, à l’image des boycottant-acteurs, (majoritaire) réagissant par l’indifférence  et n’appartenant à aucun parti politique. Cette logique non partisane peut être aussi observée à l’intérieur du camp du NON avec un argumentaire centré sur l’éthique et la bonne gouvernance.

In fine, l’enseignement que je tire de ce référendum est que les Sénégalais confirment qu’ils sont plus exigeants (sens du boycott), plus opportunistes et donc moins émotifs que les politiques le pensent (raison de la victoire du OUI, avec le OUI rationnel), mais toujours encore capables de se mobiliser rapidement et de s’opposer sur des questions de principe (d’où le NON-fort pour un référendum dans un contexte particulier). Le groupe des OUI-rationnels, des abstentionnistes-acteurs et celui du NON-d’éthique constituent l’écrasante majorité non partisane que l’homme politique nouveau se doit de comprendre et de satisfaire en discours, en posture et en résultat. En définitive, seule  une enquête sociologique non partisane, à la fois quantitative et qualitative, à partir d’un échantillon représentatif de l’électorat sur ces 15 dernières année  pourrait en dire plus et révéler ainsi des connaissances sociologiques déterminantes sur l’électeur sénégalais, l’acteur principal d’une des rares fleurons de la démocratie africaine.

Moussa Bala Fofana

Montréal/Canada.

Ancien Conseiller Technique du

Gouvernement du Sénégal (2012-2013)

Expert en Planification

des Politiques Publiques,

Sociologie et Finance.

[email protected]

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